POCHADE MAUSSADE
CHAPITRE 1
Finalement, la solution fut trouvée.
L’histoire la retiendra sous le nom de « Conference de Mar-a-Lago », réunion secrète des principales puissances du monde sous l’égide du président Donald Trump, dans sa résidence de Palm Beach, Floride. Outre le tout récent président des États-Unis, sa vice-présidente Lauren Handy, étaient présents le Chinois Wang Yi, l’éternel Russe Sergeï Lavrov, l’Indien Subrahmanyam Jaishankar et, plus étonnamment, la conseillère monégasque aux Affaires étrangères Isabelle Berro-Amadeï.
La réélection de Donald Trump permit d’aborder la question sans tabou. Ou plutôt la double question palestino-ukrainienne qui empoisonnait le monde depuis trop longtemps et menaçait la prospérité des peuples. Toutefois la question était d’une telle complexité, imbriquant un nombre infini de paramètres de toutes natures, que le puissant aréopage, privé de ses bataillons d’experts pour raison de confidentialité, s’avoua d’emblée impuissant à l’aborder, en gros, demi-gros et encore moins au détail. Le président Trump présenta une méthode active thinking basée sur l’équation de calculs des courbes elliptiques appliquée aux nouvelles techniques de swing, méthode qu’il jugeait infaillible dans à peu près tous les domaines de la vie, et se mit en devoir de l’expliquer in situ à ses hôtes, sur son green privé. Par bonheur, bien qu’il fît un peu frais, le temps était beau.
(SUITE AU PROCHAIN ÉPISODE)
CHAPITRE 2
Ce que l’histoire omit de retenir, c’est que la solution fut en réalité trouvée par un garçon de douze ans et demi, prénommé Denim Jr, champion du monde de Super Mario Kart® 2022 et 2023, néanmoins rejeton de la lingère sans-papiers de Mar-a-Lago. Le préado traînait avec sa Playstation® dans un recoin de la salle de conférence. Lorsque la caméra thermique des services secrets l’eut repéré, il était trop tard : le garnement en avait potentiellement trop entendu. Il s’en fallut de peu que les boys du président lui logeassent une balle entre les mirettes : le président reconnut celui qui lui servait quelquefois de caddie bénévole et le gracia à temps.
Lui-même grand amateur de jeux vidéo, Donald Trump s’enquit du modèle de Playstation® de Denim Jr. Il s’ébaubit de l’art consommé avec lequel celui-ci avait craqué la dernière version Super Mario Kart 8 Deluxe® pass circuits additionnels depuis le menu Nintendo Switch Online® de Nintendo eShop®. C’était tout bête, encore fallait-il y avoir pensé. Mais le président et son assistance internationale furent proprement médusés lorsque l’ado, fermement questionné par les agents secrets, avoua qu’il avait la solution pour régler la double question des conflits en cours.
- Make America great again ! s’exclama Donald Trump en giflant le fils de pute, pardon, de lingère clandestine, à la grande joie de ses hôtes.
- Yes, pleurnicha sournoisement Denim Jr, but business is business…
- Ah ! Oh ! Ah ! S’exclama derechef le président dans un large sourire. Business as usual, mon garçon – qu’il coiffa de sa célèbre casquette rouge. Et il en coûtera combien au monde libre pour être sauvé ?
Officiellement, nous ignorons le résultat de ces tractations (nous savons seulement que le jeune saligaud poursuivit ses études dans un établissement privé de Guantanamo). Officieusement, il vous faudra attendre le prochain épisode.
(À SUIVRE)
CHAPITRE 3
Si nous ignorons quel fut le résultat des tractations entre le président des États-Unis et le fils de sa lingère sans-papiers, nous savons que ce sale petit pervers de Denim Jr inscrivit dans sa petite paume de viriliste prépubère le numéro perso d’une certaine blonde qui répondait au nom prometteur de Stormy Daniels (nous le savons après que fut retrouvée la main dudit gamin, mais c’est une autre histoire).
Allons, peu nous chaut ce qu’il advint d’un gosse de clandestin, encore moins de ses rêveries sur Pornhub®, direz-vous, ce que nous voulons savoir c’est quelle fut la solution qui sauva l’occident chrétien de l’horreur atroce d’une double guerre. Et vous aurez raison.
En fait de solution, il s’agissait plutôt d’un moyen novateur, habilement présenté comme disruptif, qui permettait de trouver la solution de manière indiscutable. Le jeune Denim Jr avait repéré sur le darknet un nouveau produit en phase de pré-commercialisation, fruit du génie visionnaire de la société Oxford Analytica®, startup filiale du groupe Muscad® qui possédait et développait à peu près tout ce qui combinait innovating processes® et méga-profits®. Ce moyen, je vous le donne en mille, n’était rien moins qu’un nouvel algorithme, à l’origine destiné à l’industrie du jeu vidéo et à ses produits dérivés dans le cinéma d’auteur, mais qui intéressait au plus haut point les instituts d’études stratégiques géopolitiques ainsi que les fondations d’art contemporain qui leur servaient d’écran, sans doute en raison de son nom : DiplomacyGPT®, en toute simplicité. Sa baseline proclamait fièrement « Entertainment for peace ». C’était trop beau.
Donald Trump se frappa violemment le front, au risque d’écraser sa célèbre mèche :
- Comment n’y ai-je pas pensé moi-même ? se désola-t-il sans pudeur devant l’aréopage international réuni au trou 18, songeant aux bénéfices qu’il aurait pu en tirer, qui eussent été bienvenus pour régler les honoraires de ses avocats…
Lauren Handy, Wang Yi, Sergueï Lavrov, Subrahmanyam Jaishankar et Isabelle Berro-Amadeï se frappèrent le front en écho, redoublant de force pour marquer leur plein accord :
- Bon sang, c’est bien sûr ! Et dire que c’est ce sale merdeux acnéique qui va empocher la piñata !
L’espagnol, vous l’avez compris, était devenu la première langue en Floride, au grand dam des cols bleus du Michigan qui craignaient l’émergence du suprémacisme latino-nègre aux États-Unis.
- Nous avons le même problème avec les langues hittite, scythe et sarmate dans la plaine du Dniepr, s’emporta Sergueï Lavrov.
- Et nous avec le baragouin ouighour, pleura le ministre chinois, aussitôt rattrapé par l’Indien :
- Laissez-moi rigoler ! Nous autres locuteurs de l’hindi, nos précieuses oreilles doivent supporter le bengali, le télougou, le marathi, sans compter l’assommant assamais, le tamoul, l’ourdou, le gujarati, le malayalam, le népalais, le penjabi ou encore le sanskrit !
Isabelle Berro-Amadeï, qui n’avait pas ouvert la bouche depuis le début de la conférence, hésita à évoquer la querelle des langues régionales qui agitait la pointe ouest du sous-continent européen, sans parler du souci lancinant de l’écriture inclusive. Elle n’en fit rien et fit bien : passé cet intermède linguistique, la conférence put reprendre sa mission secrète : la paix dans le monde.
- Ne nous réjouissons pas trop vite, doucha l’avisé président Trump. Nous avons la solution, c’est entendu, mais qui sait s’en servir ?
À cette question il sera sans doute répondu, à condition de patienter jusqu’au prochain épisode. Tiendrez-vous jusque là ?
(À SUIVRE…)
CHAPITRE 4
Il fallut faire faire demi-tour à l’hélicoptère des forces spéciales qui emmenait Denim Jr à Guantanamo.
À la requête « Comment en finir avec ces fucking guerres d’Ukraine et du Proche-Orient ? », DiplomacyGPT® entre les doigts agiles du brave Denim Jr ne mit pas trois minutes à répondre. Et cette réponse fut lumineuse. Elle éclaira les faces des puissants réunis à Mar-a-Lago qui, un fugace instant, retrouvèrent leur humanité de visages d’enfants, comme s’ils avaient ouvert à Noël L’Arche d’Alliance et que la Lumière en jaillît dans un scintillement de special effect.
Dix lignes suffirent qui allaient reléguer les Tables de la Loi, la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, le Deuxième Sexe, Le Jour et la nuit et le Contrat Darty® à la poussière de la protohistoire (qui rappelait vaguement les temps présents où des générations entières se passaient joyeusement de l’écriture). DiplomacyGPT® avait parlé, tout était dit, pour toujours et à tout jamais. D’accord, mais qu’a-t-il dit ? Ah ! Humains, impatients humains ! Que vous font quelques minutes supplémentaires dans le noir à l’aune de millénaires d’obscurité !
(LA RÉVÉLATION AU PROCHAIN ÉPISODE)
CHAPITRE 5
La réponse de DiplomacyGPT® possédait la force de l’évidence, de ces évidences si évidentes qu’elles nous trouent le cul quand elles nous sautent à la gueule (si je puis dire).
Grosso modo, pour vous éviter une fatigue superfétatoire à l’anxiété conjoncturelle et à celle que doit vous infliger ce récit, sachez que l’algorithme ne s’embarrassait pas de cette risible sensiblerie qui paralyse les Nations-Unies, ni de ces fioritures juridico-philosophiques qui encombrent ô combien péniblement et, soyons franc pour une fois, ô combien inutilement les traités internationaux subséquemment jamais suivis d’effet. DiplomacyGPT® alliait l’élégance à la lucidité :
« Supprimez l’Ukraine et supprimez Israël, vous supprimerez le problème. Pourquoi s’entêter à défendre moins de dix pauvres millions de juifs contre un milliard et demi de sunnites et pas moins de trois cents millions de chiites assoiffés de sang, sans compter les supporters néonazis de l’Olympique Lyonnais ? La bataille perdue d’avance obère l’avenir. Vous n’y gagneriez qu’à engouffrer un capital patiemment accumulé de fonds de pension floridiens florissants qui n’en peuvent mais. Dito pour l’Ukraine : pourquoi s’obstiner dans une guerre de tranchées quand il suffirait de restituer à son propriétaire cette région céréalière qui a constitué des siècles durant le grenier à blé de toutes les Russies ? »
Évidemment, dit comme ça, l’affaire paraissait tout de suite plus simple. La vice-présidente Lauren Handy, qui était moins bête que des médias alternatifs l’insinuaient grossièrement, aimait trop la vie pour ne pas douter, tout au fond d’elle-même, que le Tout-Puissant avait probablement des desseins plus sophistiqués – encore qu’elle se demandait si cet algorithme, qui bizarrement s’écrivait avec un i au lieu d’un y, n’entrait pas aussi, dans sa lumineuse simplicité, dans les projets divins. C’était un paramètre à prendre en considération, consentirent les conférenciers de Mar-a-Lago autour d’un excellent Martini gin.
Sergueï Lavrov n’était pas opposé à l’idée de supprimer l’Ukraine, ce fâcheux pays fauteur d’embarras internationaux. Ses collègues diplomates opinèrent du bonnet, et l’on peut conclure qu’à partir de cet instant précis la querelle ukrainienne fut réglée.
Hélas ! il n’en était pas de même du conflit israélo-palestinien. Pouvait-on, comme ça, d’un claquement de doigts, supprimer Israël ? Sa population serait-elle d’accord ? Que diraient ses dirigeants ? Et les électeurs de New York ?
Le président Trump, dans sa grande sagesse, estima qu’il fallait encore y réfléchir.
La partie de golf put reprendre, malgré quelques nuages qui corrompaient innocemment l’azur impérial du ciel de Floride.
(À SUIVRE…)
CHAPITRE 6
Réflexion faite, Donald Trump rangea précieusement ses clubs plaqués or. De retour à la Maison-Blanche, ses invités secrets dans leurs capitales respectives (hormis la conseillère monégasque qui s’était offert un billet open et décida d’effectuer quelques emplettes à Las Vegas), le président eut tôt fait de convaincre les trois membres et demi de son staff familial. Le clan adhéra aux nouvelles vues de politique étrangère d’autant plus facilement qu’il n’y avait presque rien à faire. La question ukrainienne, à peine mentionnée, fut ipso facto réglée.
Oui, c’était simple, expliqua le président. Il suffisait de se désintéresser du problème pour qu’il disparût aussitôt, comme par enchantement, n’était-ce pas merveilleux ! On se croirait dans un Walt Disney, applaudit sa fille Ivanka. Son gendre Jared, qui cumulait le Secrétariat d’État, la direction du Pentagone et la fonction stratégique d’Attorney général, émit en bégayant la possibilité de difficultés avec l’électorat ukraino-américain concentré à Little Odessa (essentiellement des trafiquants d’armes qui votaient peu, ce qui ne prêtait pas vraiment à conséquence, trancha le président).
Restait la Question juive, comme aurait dit Jean-Paul Sartre, bien qu’il fût peu probable que ses œuvres se trouvassent dans la bibliothèque présidentielle. Donald Trump y avait cependant profondément réfléchi. Il n’ignorait rien de ce problème récurrent. Son paternel avait fait ses humanités au Klu Klux Klan et avait enseigné à son fils tout ce qu’il fallait savoir sur ce douloureux sujet. Le président en conclut qu’il ne fallait pas s’inquiéter outre mesure : « depuis le temps que les juifs étaient ballottés d’exodes en pogroms, d’île du Diable en diverses tentatives d’éradication plus ou moins définitives, ils s’étaient habitués à leur disparition annoncée : disparaître, c’était devenu leur raison d’être. D’ailleurs, combien étaient-ils, sur Terre, ces satanés youpins ? Pas plus de quinze millions. Une goutte d’eau dans l’océan humain. La disparition d’Israël, au fond, allait de soi pour ce petit peuple perclus d’emmerdements, emmerdements disproportionnés au regard de son poids réel. C’était pour ainsi dire une fatalité naturelle. Et puis, qui s’intéressait vraiment aux juifs ? Leur sort n’intéressait qu’eux-mêmes… » Donald Trump s’en persuada : « sa disparition, tout compte fait, ne rendrait-elle pas service au peuple juif ? » Raisonnement pragmatique, raisonnement d’une logique imparable, raisonnement remarquable diront certains, mais ce raisonnement trouverait-il l’assentiment des alliés de l’Amérique, dont la frilosité était coutumière ? On s’en fiche pas mal de ces peigne-culs, acheva le président, comme vous l’allez voir prochainement.
(À SUIVRE…)
CHAPITRE 7
Ce qui ne fut jamais dit fut fait. Insensiblement, en sifflotant d’un air détaché sans qu’il y parût, à la mode des étrangleurs ottomans, mine de rien (pine de chien, ne put s’empêcher d’ajouter Donald Trump qui ne manquait pas d’humour), bref avec une désinvolture toute yankee, l’administration américaine, suivie des administrations russe, chinoise, indienne et monégasque, cessa de s’intéresser au sort d’Israël. Un premier porte-avions se retira nuitamment tous moteurs éteints ; un second sur la pointe des pieds. La semaine suivante, l’ambassade américaine se vida comme au compte-gouttes, qui par le perron d’honneur, qui par l’entrée des fournisseurs, qui dans la valise diplomatique. Lorsque les autorités israéliennes, étonnées qu’on ne les prît plus au téléphone, s’aperçurent que le marine qui gardait l’entrée de l’ambassade n’était qu’une poupée gonflable déguisée, il était trop tard.
Les fonds d’investissement eux-mêmes cessèrent d’investir. Sans rougir, ils pâlirent comme de jeunes vierges cocaïnées un jour de Spring break, jusqu’à s’évaporer. En moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, Israël se retrouva seul au monde, dans un océan de bave haineuse. Cette bave submergera-t-elle l’État hébreu ? C’est ce que vous saurez, peut-être, dans le prochain épisode.
(À SUIVRE)
CHAPITRE 8
Sur place, à Jérusalem ou à Tel Aviv, l’affaire ne passa aussi inaperçue qu’on aurait pu l’espérer. Le malheur avait donné au peuple juif un sens aigu de l’observation. Or l’effacement américain se voyait comme le nez au milieu de la figure : la discrétion n’avait jamais été un signe identitaire yankee.
L’affaire était d’autant plus grave que l’État hébreu se trouvait en proie à une guerre civile larvée. La population, partagée entre le désir de vengeance après l’attaque terroriste du 7 octobre 2023 et l’espoir de paix, déçue des deux, se retourna contre le Premier ministre Benyamin Netanyahu. Les manifestations quotidiennes enflaient de jour en jour. Tsahal, épuisée par l’ineptie de la coalition gouvernementale et les crises d’adolescence de ses conscrits, laissait faire. L’armée était d’ailleurs suffisamment occupée à préserver les frontières d’Israël. Netanyahu s’enferma avec les chefs religieux intégristes qui lui servaient de ministres dans sa résidence officielle transformée en camp retranché. « Le forcené de Beit Aghion », comme l’appelait désormais la presse israélienne, apparaissait à intervalles réguliers à la fenêtre du palais pour maudire la foule à grands seaux d’insultes antisémites. Pire, il se mit à braquer les manifestants avec un pistolet que ses gardes tentaient de lui arracher des mains, provoquant l’hilarité générale. Bientôt le monde entier se tordit de rire. Cette bonne humeur contagieuse réussit même à dérider les populations palestiniennes et arabes qui survivaient à proximité. Elles se mirent à rire de concert avec les juifs par-dessus les barbelés et les murs de béton. Le mois suivant, des activistes des deux camps allèrent jusqu’à publier ensemble, en hébreu et en arabe, les œuvres croisées de Nasr Eddin Hodja et d’Edgar Hilsenrath, à la fureur des divers mollahs et rabbins intégristes de la région. « Pourquoi pas les « Mémoires capitales » de Groucho Marx, hurlèrent-ils, ou – horreur maléfique ! – « Dieu, Shakespeare et moi » de Woody Allen ! Encore un peu, à ce train-là, les femmes brûleraient hijabs, niqabs et burqas ! Là, c’était certain, le monde partirait en couilles, façon de parler.
Bref, la solution de Mar-a-Lago était mal barrée. Israël et les territoires palestiniens n’étaient plus qu’un immense éclat de rire. Le monde libre comme le monde pas libre devaient réagir s’ils ne voulaient pas sombrer dans le ridicule. Ils étaient cause du conflit israélo-palestinien, ils ne pouvaient être absents de sa résolution, surtout d’une résolution qui prenait le chemin d’une joyeuse spontanéité. Y réussiraient-ils ? Prions, mes amis, pour qu’un sursaut eût lieu.
(À SUIVRE)
CHAPITRE 9
Pris au dépourvu, le président Trump quitta sa partie de golf et reconvia en sa résidence privée de Mar-a-Lago le ministres chinois Wang Yi, russe Sergeï Lavrov, indien Subrahmanyam Jaishankar et, moins étonnamment, la conseillère monégasque Isabelle Berro-Amadeï. Cette seconde conférence devait recadrer la première.
Fort de l’expérience précédente, les excellences refirent appel à l’algorithme DiplomacyGPT® pour affiner la solution. Après tout, ces technologies balbutiantes étaient excusables. Leur laisser une deuxième chance s’imposait, d’autant que l’on pouvait tabler sur le deep learning. De toute façon, personne n’avait de meilleure idée à proposer.
L’algorithme rejeta catégoriquement les propositions de Vladimir Poutine, Xi Jinping et Narendra Modi qui se voyaient déjà l’un Proconsul, l’autre Haut Protecteur impérial, le troisième Saint Pacificateur de la région. Il semblait ignorer ces occurrences un rien galvaudées. En revanche, à la surprise générale, il proposa de nommer Son Altesse Sérénissime Albert II de Monaco Procurateur de Judée-Samarie et des États philistins. Où avait-il trouvé ça, nul ne le sait (Isabelle Berro-Amadeï était sans doute plus finaude qu’il n’y paraissait). Faute de mieux, l’idée fit consensus.
Toujours prises de fou rire, les populations israélienne et palestinienne acceptèrent la douce férule du prince Albert en manquant de s’étouffer. Le monde n’avait plus qu’à suivre. Après tout, rien ne pouvait être pire que les huit décennies passées : va pour Albert.
La solution monégasque allait-elle changer la face du monde ?
(À SUIVRE…)
CHAPITRE 10
Les populations pliées en quatre reçurent Albert II sans protocole excessif. Les révérences finirent souvent par terre, à se tordre dans la poussière immémoriale des lieux. Mais l’altesse avait du métier. Les festivités qu’il donna sitôt arrivé à Jérusalem apaisèrent les tensions. Son premier geste, installer une piste de bobsleigh Via Dolorosa, d’abord mal compris, obtint rapidement un franc succès auprès des jeunes toutes confessions confondues. Bien conseillé, le prince battit le fer tant qu’il était chaud : l’organisation d’une fashion week humanitaire, clôturée par un Bal des débutantes ouvert aux jeunes filles indifféremment voilées ou dévoilées, désarma les conservateurs les plus obtus, jusqu’au Hamas qui abandonna sa revendication du niqab pour toutes. Nombre de cadres du Hezbollah ou du Parti sioniste religieux laissèrent tomber la kalachnikov pour le râteau du croupier dans les bas-fonds de Tel Aviv et de Beyrouth. On vit même des frères musulmans ouvrirent une chaîne de saunas gays, au soulagement de beaucoup de femmes.
Seul regret, une initiative internationale échoua. À l’instigation d’Emmanuel Macron, qui commençait à chercher une requalification professionnelle, la société d’exploitation du Puy du Fou entreprit de transformer l’esplanade des mosquées et le mur des lamentations en « Eden Park » interreligieux.
Cet échec priva pour longtemps la France de débouchés économiques dans la région. Pour le reste, ce fut un miracle. Le désintérêt américain redonna vie à ce morceau de planète abîmé dans la guerre et la misère depuis près d’un siècle. La Guerre de cent ans Saison 2 semblait s’endormir sur le mol oreiller d’une destinée nouvelle. Juifs et musulmans tournèrent le dos aux fous de Dieu de tous poils, dingos drus ou mabouls broussailleux, et même débiles duveteux tant qu’on y était. Les familles expédièrent leurs éléments les plus frappés, candidats au martyre et autres allumés du troisième temple de Salomon, dans des HP à ciel ouvert (en raison d’une météo locale clémente) qui firent la fortune de milliers de psychanalystes (juifs, comme de bien entendu). D’elles-mêmes, les colonies de Cisjordanie muèrent en tiers-lieux alternatifs où fleurirent l’amour libre mixte et, prenant exemple sur des expériences comme celles de Nantes, des co-constructions participatives de dialogue citoyen sous psychotropes, qui donnèrent des résultats tout à fait intéressants au niveau du vivre-ensemble.
En un mot comme en cent, les populations locales, palestiniennes, israéliennes et surtout libanaises comprirent le bénéfice qu’elles pouvaient tirer de la paix : l’émergence d’une Suisse orientale, avec sa douceur de vivre, ses fromages au lait cru, son secret bancaire et ses stations de ski que les monarchies pétrolières, peu regardantes, couvriraient d’or et de neige artificielle.
Tout cela était-il trop beau pour être vrai ?
(LA SUITE AU PROCHAIN ÉPISODE)
CHAPITRE 11
Le monde se métamorphosait en paradis terrestre. L’exemple de la Palestine faisait tache d’huile à la vitesse d’un tsunami. Cent autres peuples victimes de leurs voisins, occupés, rançonnés, martyrisés sous des prétextes plus crétins les uns que les autres ; ployant sous le joug de tyrans sanguinaires ou ridicules, voire les deux ; se nourrissant de cailloux radioactifs et de racines gorgées de produits Bayer®Monsanto® ; croupissant dans des geôles surpeuplées avec pour seule distraction « L’Heure des Pros » ; dont les enfants véganes aux faces rongées par la morve séchée et les myases sous-cutanées couraient après d’illusoires ballons d’or dans des champs de mines antipersonnel, bref la lie du monde commençait à se dire que ça commençait à bien faire. Les catholiques de gauche eux-mêmes espéraient que vînt le temps du changement, c’est vous dire si l’heure était grave.
Il était temps de se réveiller de ce cauchemar, murmurèrent in petto les mollahs de la finance et les traders enturbannés, dont la pâleur annonçait le proche statut de cadavres, libéraux et illibéraux la tête dans le même panier.
Les traiteurs de Davos virent leur fin proche tandis qu’on dansait la Carmagnole sur le Mont Golgotha.
By Jove ! Comment tout cela allait-il finir, en eau de boudin ou en vin de bedeau ? Las ! Il n’y avait pas de quoi rigoler en faisant des jeux de mots stupides.
(À SUIVRE…)
CHAPITRE 12
La première alerte ne tarda pas. Le Guide suprême Ali Khamenei tomba éperdument amoureux de l’épouse du prince Albert entraperçue lors d’une vente privée de haute couture de seconde main. Le prince, d’un tempérament moderne, ne s’en offusqua pas outre mesure ; ce fut elle, la Charlene, qui fit tout un foin. Elle fuita à « Points de vue Images du monde » les tombereaux de SMS libidineux que lui envoyait H24 l’ayatollah transi. #MeeToo s’abattait sur la Perse comme un nuage de sauterelles. Déjà que les femelles de son pays n’en faisaient qu’à leurs têtes pleines de cheveux au vent, si en plus les gourgandines occidentales propageaient la peste féministe, c’en était trop ! Autour du Guide suprême, les vieilles barbes tremblèrent de ne plus couvrir le visage des femmes. Le représentant iranien à l’ONU dénonça une opération de déstabilisation du monde chiite et lança une fatwa sur tout ce qui ressemblait peu ou prou à un habitué des casinos, spécialement les assujettis de Monte-Carlo. L’affaire aurait pu s’arrêter là. C’était mal connaître l’obstination d’un vieillard blessé.
Le vieil Ali décréta que la décadence occidentale qui s’était emparé du Proche-Orient constituait un affront personnel, à ce titre un affront au cousin et néanmoins gendre du Prophète, et par relation transitive au Tout-Puissant himself. Les gardiens de la révolution eurent beau se mettre le dos en sang, la colère de Dieu ne retombait pas : il fallait un holocauste pour espérer sa miséricorde. Son représentant sur Terre préférait la fin du monde à sa propre fin, et il agit en conséquence.
Devinez-vous comment ?
(VOUS ATTENDREZ LE PROCHAIN ÉPISODE, BANDE DE MÉCRÉANTS !)
CHAPITRE 14
Plutôt crever que d’écrire un chapitre 13 ! C’est avec ce genre de raisonnement d’un autre âge que le 6 août 2025, Ali Khamenei appuya sur le bouton de l’arme nucléaire.
Pour sa défense, soyons juste, sachez qu’il ne possédait pas de bouton nucléaire, en tout cas pas officiellement, les experts internationaux l’attestaient. En réalité, le Guide suprême cachait le bouton de l’arme nucléaire sous sa robe noire et d’enivrants parfums qui, comme chacun sait, plaisent infiniment à Dieu. À vrai dire – à quoi tient le cours de l’Histoire ! – le vieillard appuya dessus involontairement, les jambes lui ayant manqué après un discours trop chargé. La vieillesse est un naufrage, c’est bien connu, et nul n’échappe à cette citation du général de Gaulle dans l’Orient compliqué comme sous n’importe quelle latitude du monde. Mais peu importe les anecdotes à ce stade de la tragédie humaine : involontairement ou pas, le coup était parti.
Par chance, le missile était de fabrication nord-coréenne : il s’élança bien au ciel en direction de Jérusalem, comme prévu dans les Écritures, mais retomba illico en chandelle fumeuse sur Téhéran, à la frayeur de ses habitants, puis à leur joie lorsqu’ils surent que Dieu l’avait conduit directement sur la demeure du Guide suprême, très exactement sur un lieu où le vieillard passait le plus clair de son temps à pousser la méditation. Le vrai miracle, conjonction de la volonté divine et du savoir-faire nord-coréen, c’est que la bombe se contenta d’un « Pop ! » au lieu d’une apocalypse et transperça longitudinalement le saint homme du turban à son fondement, du Verbe à la poussière en quelque sorte, ne lui laissant aucune chance d’échapper à un pronostic vital engagé, comme disent les journaux télévisés.
CHAPITRE 15
Une explosion de rire emporta le régime des ayatollahs. Pire, il emporta aussi le régime de l’excellent Kim Jong-un, dont le comique un peu daté ne faisait plus rire les Coréens. On sait que le dictateur finit sa carrière comme agent d’entretien à Disneyland. Qu’advint-il des autres despotes qui perdirent toute autorité dans leurs pays ? Les
Excellences, des maîtres du monde la crème,
Grands présidents et secrétaires généraux,
Titans, tyrans, princes de paradis fiscaux,
Reines par la grâce de Dieu, guides suprêmes,
Conducators divers et chefs de la pègre,
Majestés, super-maréchaux, grands timoniers,
Fils d’évêques nés sur le dessus du panier,
Conseillers vertueux, ministres intègres…
Un beau matin sur un radeau nous vous mettrons,
Et vogue la galère, la belle croisière,
Jusqu’à l’horizon tout au bout de la Terre.
Or s’il en reste à cheval sur ce fichu tronc,
Vous découvrirez, plouf ! que la Terre est plate,
Delà du pôle Nord - où poussent les tomates.
Trêve de poésie ! Le monde d’avant n’a pas fini ainsi. Mais alors, direz-vous, de quel bois l’humanité se chauffa-t-elle ?
(À SUIVRE…)
CHAPITRE 16
La chute des tyrans n’épargna aucun pays, Floride comprise. Donald Trump en prison, d’autres en asiles psychiatriques, d’autres en fuite, sous leur lit ou dans des trous à rats, tous tombèrent : Mswati III, Xi Jinping, Vladimir Poutine, Rama X, Gurbanguly Berdimuhamedow, Bachar al-Assad, Benyamin Netanyahu, Alexandre Loukachenko, Éric Zemmour, Isaias Afewerki, Jean-Paul IV, Teodoro Obiang Nguema, Ramzan Kadyrov, Mohammed ben Salmane… rien que des hommes dont la laideur physique explique peut-être le maléfique destin. Puisse le Très-Haut leur pardonner et les accueillir en son sein.
Évidemment, il restait à nettoyer le merdier que ces connards avaient fichu un peu partout. Il restait encore à botter le cul des Elon Musk, des Mark Zuckerberg, des Bernard Arnault, des Vincent Bolloré, ce qui fut un peu plus difficile qu’avec les despotes ordinaires. Mais l’humanité y arriva, bien décidée à reprendre le contrôle de son destin d’animal un peu spé mais finalement pas si méchant.
Question religion, toute la population terrienne réunie dans un hangout géant décida d’un seul coup de devenir juive, afin d’annihiler toute possibilité de résurgence de l’antisémitisme. Seules les carpes et les mères abusives s’en plaignirent. Enfin, pour bien montrer que cette fois-ci, la religion c’était pour de rire, l’humanité toute entière se donna pour pape le chanteur Psy.
Jamais on ne s’était tant gondolé. Les peuples se frappèrent à nouveau, mais cette fois sur les cuisses et dans le dos, avec de grandes bourrades amicales. Ah ! Ça, ce qu’on a ri, d’un grand rire qui fit le tour de la Terre !
Sauf que voilà, à force de rire à gorge déployée, l’humanité augmenta sensiblement le niveau de CO2 rejeté. La maison brûlait et nous rigolions en chœur, inconscients que nous étions. Historique fut l’accalmie, mais de courte durée : la récré finie, vint le règne de Greta Thunberg. Elle s’appliqua à corriger le monde sous une férule impitoyable, costumée en sorcière mi-Halloween mi-Bene Gesserit : les gouvernements furent abolis, l’art contemporain interdit, les humoristes pendus par les pieds, les clubs libertins fermés, le tofu obligatoire : il fallait voir la vie en légumineuses ou mourir. Cela prit des centaines d’années, mais le monde fut sauvé, preuve que quand on veut, on peut. Les historiens de la nouvelle génération augmentée travaillèrent à oublier le passé merdique de l’humanité. Mais c’est une autre histoire, qu’on appela Le Grand Début.
FIN
Commentaires
Enregistrer un commentaire